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Lorsque je suis partie à Madagascar, je ne pensais pas que ces trois semaines allaient me changer à ce point. Je m’étais préparée à ce voyage, en me souvenant des petits talibés des rues de Dakar, de leurs pieds nus et de leurs grands yeux. En arrivant à Madagascar, vous plongez dans une vie de souffrance qui côtoie la vie facile. Les belles maisons, les quartiers sécurisés et puis, juste à côté, les maisons de cartons, la misère. Depuis 2009, la situation politique est instable avec un régime de transition sensé organiser des élections présidentielles. L’immobilisme depuis 3 ans. Je me demandais tous les jours comment les politiques pouvaient sortir, circuler en ville, voir le peuple souffrir autant et ne rien faire pour améliorer la situation.

Voir cette pauvreté au quotidien, ces conditions de vie, pas d’eau courante, pas d’électricité pour beaucoup, et réaliser le courage des Malgaches m’a encore plus fait relativiser tous mes petits soucis qui finalement ne sont rien du tout. A Madagascar, pour beaucoup, l’activité principale est de trouver de quoi nourrir sa famille au quotidien. Du riz, comme un carburant énergétique, matin, midi et soir, du manioc, pour remplir le ventre. Tout le monde contribue à trouver de quoi subvenir au foyer, du plus petit au plus agé. Les rues sont pleines d’enfants plus petits que les miens, qui vont, pieds abimés, déjà de la corne, nez sales, entre les voitures, respirant les pots d’échappement toute la journée pour obtenir de quoi se nourrir, à peine.

Lorsqu’on arrive dans un pays, on a pas tout de suite forcément les bons réflexes. On traine avec soi ses petites habitudes. Merci à ma soeur Karine, le lendemain de mon arrivée de m’avoir ouvert les yeux, alors que je me promenais dans le marché, gros appareil photo autour du coup, en ouvrant mon porte-feuille laissant apparaitre ce qui ne me semblait pas grand-chose, l’équivalent de 50 euros, mais qui pour Madagascar est un salaire mensuel. « Hé, faut pas faire l’américaine ici ». J’ai eu honte de moi, honte de ne pas avoir pris mon environnement en compte et ai immédiatement fait attention, en rangeant mon appareil, un respect et une pudeur que l’on doit envers ceux qui n’ont pas grand chose.
Et j’ai admiré ma soeur d’avoir si vite pu s’adapter et gérer avec générosité, respect et humanisme le traitement des différents niveaux de vie. Ses petites astuces, avoir toujours des petits paquets de biscuits dans la boite à gant pour les enfants des rues, des petits billets pour remercier celui qui a aidé à se garer, surveillé la voiture ou lavé le pare-brise le temps des courses… ne faisant pas l’économie de petits mots en malagasy – Manao ahoana [manaohn] (bonjour), Misaotra [misotch] (merci), Azafady [azafat] (pardon), Veloma [veloum] au revoir – ces petits mots tout simples qui remettent le respect au coeur des relations humaines.

 Je n’avais pas vécu avec ma soeur depuis notre adolescence. Alors à 40 ans, je l’ai vécu comme un luxe de pouvoir passer 3 semaines avec elle. 3 semaines non-stop, durant lesquelles nous ne nous sommes pas quittés. 3 semaines qui m’ont beaucoup appris sur celle que je croyais connaitre mieux que tout le monde. Je me trompais, évidemment. J’ai découvert une femme encore plus forte que je ne l’imaginais, aux valeurs encore plus sures et solides que les miennes, j’ai redécouvert une petite soeur bien plus grande que moi en beaucoup. J’ai savouré ce temps passé ensemble avec sa famille, mes neveux, ma petite nièce Marinette. Qui sait si nous aurons à nouveau l’occasion de vivre des parenthèses de ce genre.

En vivant le quotidien de ma soeur à Madagascar, j’ai ressenti la difficulté de vivre loin des siens, loin de sa terre, la difficulté de se sentir étranger dans un pays, la difficulté de ne pas culpabiliser lorsque à deux pas de chez vous, une famille vit dans une benne à ordure. La difficulté de ne pas culpabiliser lorsque en un caddie, vous dépensez le salaire mensuel d’un ouvrier… On se dit qu’on aurait pu naitre là, dans la famille qui vit dans la benne à ordure… ça aurait pu être nous, c’est le loto de la vie. Mais j’ai aussi ressenti la fierté du peuple malgache, son courage et la richesse de son histoire. J’ai admiré ces hommes, femmes et enfants qui doivent se battre pour obtenir le minimum indispensable, toujours dignes. On ne se plaint pas, on avance.

En voyant ces enfants dans les rues, ces femmes qui font des kilomètres pour chercher un bidon d’eau, ces enfants qui mènent des troupeaux de zébus, ces hommes déjà usés par la dureté du quotidien, on a le coeur qui se serre, mais lorsqu’on les voit sourire, rire… alors on a un peu honte de parfois chez nous oublier de sourire. Nos enfants vont à l’école, ils n’ont pas les pieds déjà abimés avant d’avoir 8 ans, nous pouvons nous faire soigner facilement, nous avons un toit sur la tête, et de quoi manger tous les jours…  Alors, depuis mon retour, je relativise encore plus et je souris encore plus. Car ma vie – même avec ses petits tracas, frustrations, soucis, est très belle. Tout simplement.

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