Dire que je suis fière de ma fille Ines est un euphémisme. Je suis plus que fière d’elle. Nous le sommes tous dans la famille. J’essaie de ne pas trop le dire, pour ne pas lui mettre la pression, mais elle est devenue un modèle pour ses frères, et ses petites cousines. En vrai, je suis fière d’elle depuis qu’elle est née, comme je suis fière de tous mes enfants. Mais, là, pour elle, encore plus.
Lorsqu’elle était en première, Ines a décidé qu’elle voulait aller étudier à l’université de McGill, à Montreal, après le bac. Une université anglophone, très prestigieuse. En terminale, elle a rempli le dossier d’inscription toute seule et lorsqu’elle a eu son bac et son acceptation à McGill, il nous a été impossible à Honeydoudou et moi, de lui dire qu’elle ne pouvait pas y aller. Nous aurions alors brisé son rêve. Je suis celle qui répète sans cesse aux enfants, qu’ils peuvent tout faire, que tout est possible, qu’il faut rêver plus grand que soi. Je ne pouvais pas m’imaginer lui dire, non, nous ne pouvons pas nous le permettre. Pourtant, clairement, nous ne pouvions pas, financièrement parlant.

graduation mc gill 2017 ines

A 18 ans, elle est partie pour Montréal. Elle a débarqué toute seule, dans une ville inconnue, elle a du se débrouiller pour comprendre comment tout le système universitaire fonctionnait, s’inscrire aux différents modules (major / minor), remplir les différents dossiers administratifs : universitaires, bancaires, les différents documents, pour la couverture sociale, l’assurance santé, et tout le reste, que j’imagine bien.

Dès la deuxième année, il a fallu qu’elle trouve une source de revenu, pour payer son loyer. Elle travaillait, de nuit, dans un fast-food. En plus des cours. En plus du journal du campus dans lequel elle s’était investie. Ça me rendait malade de savoir qu’elle travaillait jusqu’à trois, quatre, voire cinq heures du matin, pour ensuite enchainer avec l’université. Et j’ai culpabilisé de ne pas pouvoir l’aider plus. J’ai été là aussi, fière d’elle. De la volonté, de la persévérance et du courage dont elle a fait preuve.
Pendant ces trois ans, il y a eu beaucoup de stress, beaucoup de fatigue, peu d’heures de sommeil. Il y a aussi eu des fêtes, de la joie et des amis. Pendant ces trois ans, elle a pu compter sur ces amis, si importants dans sa vie. Tout une bande qui s’est mutuellement encouragés, soutenus, portés pendant ces années universitaires. Sans eux, ça aurait été encore plus dur pour elle. Je le sais, et je suis reconnaissante à toutes ses copines qui ont été là, présentes, surtout dans les moments difficiles, quand moi, nous, la famille, ne le pouvions pas. Il y a dans cette université, des valeurs qui sont cultivées : la rigueur, l’excellence, mais aussi la fraternité, la compassion, l’altruisme, la bienveillance. Des valeurs qui font du bien.

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Une fois son diplôme –Bachelor of Arts, Political Science – obtenu en Janvier, Ines s’est écroulée. Elle ne voulait plus ouvrir un livre, plus lire un seul texte, écrire une seule ligne. Il fallait qu’elle se repose, qu’elle vive, qu’elle se mette en pause. Nous avons compris, mais avons insisté pour qu’elle nous promette de reprendre ses études en 2018. Un master. Ce serait trop dommage de tout arrêter là. Vraiment dommage.

Nous sommes allés passer une semaine au Canada, Honeydoudou et moi, pour sa remise de diplôme. Ma soeur Kellie, venue de Floride, nous y a rejoint. Ines était radieuse ce jour là. J’étais tellement heureuse pour elle et fière de ce début de parcours que j’ai eu deux ou trois fois l’impression que mon coeur allait exploser d’émotion.
J’ai retrouvé une jeune femme, autonome et qui a grandi et traversé des épreuves loin de nous. Malgré tout, la relation avec votre enfant n’est plus tout à fait la même, lorsqu’elle s’appuie sur les quelques jours de vacances, une fois par an, les réseaux sociaux et skype. Parfois, j’étais face à quelqu’un que je ne reconnaissais plus tout à fait, parfois aussi, je retrouvais la petite fille de cinq, onze, ou encore seize ans, et la minute d’après une jeune femme de 22 ans. Il faut pouvoir s’habituer à passer de l’un à l’autre. Ce n’est pas si facile que ça de grandir et de devenir adulte.

Cette semaine nous a fait beaucoup de bien, à toutes les deux. A tous les trois. Nous avons passé du temps ensemble, elle nous a montré sa ville, son quartier, nous avons rencontré ses copains, ses copines, ses compagnons de bibliothèque, de révision, ses amis du Délit, le journal francophone du Campus. Nous voulions faire de ce séjour un moment un peu unique, alors nous avons loué une voiture et sommes partis en roadtrip de Montréal à Tadoussac, en passant par Québec. 3 jours rien qu’à nous, pour nous. C’était vraiment bien. Elle a su nous faire remarquer que la dernière fois que nous étions partis en vacances ensemble, tous les trois, nous avions visité les châteaux de la Loire, et elle avait 7 ans. Après, il y a toujours eu ses frères.

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La prochaine étape, trouver un travail pour l’année qui arrive. Ines découvre un bout de la réalité du monde du travail. Envoyer des CV, des lettres de motivations, activer un réseau, relancer, passer des entretiens, être déstabilisée par une question. Parce que on n’aime pas voir ses enfants galérer, souffrir, être angoissés, on aimerait leur paver le chemin, le rendre plus doux. Mais, même si j’ai de l’expérience, même si je pourrais lui dire quoi faire et comment faire, j’ai compris qu’il fallait qu’elle trace son chemin à elle. Et que ce chemin était le sien, et pas le mien. Il passera très certainement par des situations stressantes, compliquées, mais qu’il faut qu’elle traverse, elle. J’essaie donc de ne plus donner mon avis ou mes conseils, sauf quand elle me le demande. C’est difficile de grandir, mais c’est difficile aussi côté parent de trouver sa juste place. Mais comme j’ai confiance en elle, je sais qu’elle va, encore, m’épater, et me rendre fière d’être sa maman.

Ta grande force Ines, c’est d’avancer dans la vie avec ton sourire. Sourire pour ne pas pleurer, sourire pour être forte, sourire pour dépasser toutes les difficultés et rire, toujours. Surtout si c’est grave. Un peu le principe dans notre famille, tu me diras. Et même dans le doute, on continue d’avancer, de faire face et de sourire.

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You have to know that as long as you love who you are – your morals, your values, that type of stuff – you’re OK.
― Nicki Minaj