Type and press Enter.

R.I.P Catherine Dubois, née Fanglass (19?? – 2010)

meme cameroun

Mémé

Je ne te l’ai jamais dit. Je ne t’ai jamais dit que je t’aimais et désormais, je ne le pourrais plus jamais.
Mémé, maintenant, tu es partie. Et comme à chaque fois que un des piliers de cette enfance si particulière s’écroule, mon enfance s’éloigne, malheureusement…

Mémé, j’aurais tant voulu que tu connaisses mes enfants, et surtout que eux te connaissent, alors je leur raconte, mon enfance, toi, Kribi…

Je leur raconte.
Que ta cour, c’était notre terrain de jeux. On y fabriquait des pièges pour les oiseaux, des frondes pour les chauves-souris, on y grimpait aux arbres, on y cueillait des mangues, des goyaves… On y était bien. Heureux et libres.
Que j’aimais quand on jouait aux Petits chevaux! tu lançais le dé et tapais “six” que tu prononçais zix !
Tu te moquais gaiement des gens, et je riais, je riais ! Tu imitais les uns et les autres…  Leur façon de marcher, leur manie, leur postures…
Tu avais toujours le bon mot, la bonne formule, celle qui en 1 ou 2 mot faisait mouche. Celle qui faisait sourire. Nous avons tous plus ou moins hérité de ton don d’imitation, Karine et Daniel, surtout.
Que moi, tu m’appelais “bon pied la route”. Je n’ai pas changé, j’aime toujours autant partir et revenir, prendre la route, me balader…

Que j’aimais quand nous allions ensemble au marché, et que tu t’arrêtais discuter avec tes copines. Je prenais un Top Orange et je vous écoutais blaguer et discuter. Je ne comprenais pas tout, mais j’aimais être près de toi ; ça me suffisait. Tu prenais ta Guinness et tu disais : Guinness is good for you ! Et je souriais. Avec toi, j’étais heureuse. Toujours.
Dans ta cour, je te regardais cuisiner. Je me souviens, je m’asseyais près de toi et je te regardais écraser les arachides, les graines de courges pour le Nyam Ngond. Ta main enveloppait la pierre à écraser et ton geste était sur et précis. J’étais fascinée.
Je me souviens des bâtons de manioc, du sanga, du poulet sauce arachide que tu préparais. C’est toi qui m’a donné ce goût de la cuisine africaine.

Que je t’écoutais raconter ton premier voyage, dans les années 50, puis tes séjours en France. Tu me racontais Grenoble, le froid, la neige, la famille de Pépé qui t’avait formidablement accueillie… Les passants qui s’arrêtaient pour toucher ta peau – beaucoup d’entre eux n’avaient jamais vu de Noirs, et ça te faisait rire. Tu gardais de la France, un souvenir merveilleux. Tu aimais la France, tu aimais les Français.
La dernière fois que je t’ai vu, c’était il y a 20 ans. J’avais 19 ans. Et tu m’as dit :
“C’est bien, tu es en France. Il faut te marier, il faut travailler et il faut être quelqu’un de bien. Parce que nous les Dubois, on est comme ça !” et tu faisais un geste du pouce en l’air.

Mémé, je travaille, et je ne me suis jamais mariée, mais j’espère que je suis devenue, moi aussi quelqu’un “comme ça”. Et que de là-haut, tu es fière de ta petite-fille “bon pied la route” !

meme catherine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

25 comments

  1. […] parce que je ne pouvais pas vous parler de pêche sans penser à mon père et à cette photo de ma grand-mère (rip) que j’adore ! […]

  2. […] que je me souvienne, elle fait partie de mon environnement et reste associée à tout jamais à Mémé, qui à chaque fois qu’elle buvait une Guinness, me disait en faisant un clin d’oeil et […]

  3. […] petite, même si il n’y a pas de goyavier dans la rue Barreyre, même si ils n’ont pas mémé qui joue au Six! et qui les fait danser, même si leurs jeux ne ressemblent pas vraiment aux miens […]

  4. Je viens de découvrir ce billet, c’est très émouvant, oui ta grand-mère serait très fière de toi…

  5. Ce billet est très émouvant. Magnifique hommage à Mémé!

  6. J’ai les yeux larmoyants Joëlle, je n’avais pas lu ce si beau billet c’est chose faite : une belle déclaration d’Amour Indéfectible …
    Je t’embrasse !

  7. Émouvante lettre à Mémé. Merci de partager avec nous le souvenir de cette belle personne, qui irradie parmi nous grâce à tes mots.

  8. Ton article est très beau et touchant. Bel hommage que tu lui écris là.

  9. moi ce n’est pas un pouce que je lèverai, mais les deux !
    tes mots sont très touchants et lui font un bel hommage ! grosses bises à toi et ne perd pas ce don precieux qu’elle t’a transmis : l’amour ;)
    PS : et pour le mariage, tu sais bien que les temps ont changé et que ce n’est pas ce qui ferait de toi une personne meilleure

  10. Ton billet est si touchant,émouvant et à la fois merveilleux de savoir le grand grand Amour que tu portes pour ta mémé.JHA BLESS Auntie jO:Peace//Tim

  11. Très très beau et touchant billet Joëlle.

    1. Merci Brigitte! Embrasse tante Agnès pour moi! bise

  12. Merci de partager ton histoire avec nous et je tiens à te dire que je pense que tu es quelqu’un de “comme ça” maintenant que je te connais. :)

  13. Merci pour ton post sur Mémé. J’en ai savouré le moindre mot. Je me suis aussi retrouvé dans les mots de Mémé. Elle me manque tellement. Elle nous a tellement donné de vie… Son nom africain était Yevoe. Elle me manque cruellement. It’s life I know. I love her. She was my african Lady. She was so Dubois that the name Dubois should be changed into Mémé. We barrowed so much from her and she gaved us so much. She is and for ever will be living in the tiniest of the things we do in our lives. Thanks Joelle for your post. It’s like a prayer-note to uplift her soul to the paradise she deserves.
    Kline.

  14. Un magnifique billet. Si touchant.

    Bises,

    Rosa

    1. merci rosa

  15. c’est vraiment touchant ce billet, il y a tant d’amour, mais ne dit-on pas qu’on redonne toujours ce que l’on a reçu? et c’est certain on grandit avec l’amour qu’on a reçu et on le transmet par la suite. Je suis persuadée que même si tu ne lui a pas dit mais elle le sentait et c’est là l’essentiel n’est-ce-pas ” bon pied la route ” je me permets de t’appeller ainsi biz.

    1. oui, tu peux m’appeler ainsi ;-)

  16. “Quand un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle” A chaque fois qu’un ancêtre disparaît, il passe le flambeau et nous devenons les dépositaires…c’est un relais et il semblerait que “bon pied” foule allègrement la route. RIP

    1. merci achta !

  17. Ma maman s’appelle Catherine, son nom de jeune fille est Dubois, ce billet me touche encore plus particulièrement…Douce pensée pour toi Joëlle <3

    1. merci ma belle! Quelle coïncidence! (Katherine, c’est aussi mon 2ème prénom ;)

  18. Oui, un bien bel hommage. Biz

    1. C’est la vie pourtant. On le sait, mais ça fait quand même mal. Bises

  19. Un billet très touchant Joëlle ;(