roots serie esclavage

«Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin…».
Une petite phrase, toute simple, prononcé sur le ton de la nonchalance, le bon mot dont on est fier… une petite phrase passée inaperçue, une petite phrase, prononcée par un vieux monsieur, élégant et vieille France, M. Jean-Paul Guerlain, parfumeur. Une petite phrase de racisme ordinaire… Sauf que Jean-Paul Guerlain n’était pas dans son salon, entouré d’amis proche, lorsqu’il a dit cela, il était sur le plateau du journal de la mi-journée, de France2, entouré de millions de téléspectateurs.

Je n’étais pas devant mon poste de télévision, mais sur Twitter à ce moment là. Et, contrairement aux autres médias, les réactions furent immédiates et instantanées ! Chez les politiques, c’est Christine Lagarde qui la seule, a réagit. J’ai espéré que d’autres réagissent immédiatement… et bien non. Il a fallu attendre la semaine d’après pour entendre les réactions de ci de là. A croire que effectivement cette petite phrase ne pose aucun problème. Et bien moi, elle me pose problème, cette petite phrase.

Parce que tout simplement, c’est du racisme.
Parce que, Monsieur Guerlain, figurez vous qu’ils ont travaillé les nègres, comme vous dites!
Ils ont travaillé, traités comme des bêtes à cultiver vos champs de coton, vos champs de canne… Ils ont travaillés dans vos cuisines, domestiques, ils vous ont servis, vous ont nourris… Ils ont travaillé pour votre pays, ils sont venu à la rescousse quand il manquait de main d’œuvre, ils ont fait la guerre pour votre pays, ils ont construits vos routes, vos immeubles… il y a fort à parier qu’ils ont ramassés vos poubelles, et nettoyés vos bureaux, vos laboratoires. Ils ont sué sang et eau pour votre pays, M. Guerlain – dans des conditions autre que celles dans lesquelles vous avez un jour travaillé, et je doute Monsieur Guerlain, que vous ayez sué ce même sang pour la création de ce parfum si exceptionnel soit il.
Je ne pourrais trouver mieux comme réponse que celle que vous a faites Audrey Pulvar, alors comme elle, je répondrais ce qu’avait répondu Aimé Césaire“Le nègre, il t’emmerde” !

Un jour, je traverse une rue de Paris, pas loin de la place d’Italie. Un type passe en voiture : ” Eh, petit nègre ! ” C’était un Français. Alors, je lui dis : «Le petit nègre t’emmerde ! » Le lendemain, je propose à Senghor de rédiger ensemble avec Damas un journal : L’Étudiant noir. Léopold : Je supprimerais ça, on devrait l’appeler Les Étudiants nègres. Tu as compris ? Ça nous est lancé comme une insulte. Eh bien, je le ramasse, et je fais face.
Aimé Césaire