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Lorsque Le Voyage à Nantes m’a invité à l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage, mon coeur faisait des bonds de joie ! Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’étais ravie, ravie, ravie de jouer la blogueuse/ambassadrice pour cet évènement, le premier à ouvrir le bal du Voyage à Nantes. J’étais heureuse. Une fois de plus, ce blog, petit bout de moi sur la toile depuis 2006, ajoutait un morceau au puzzle de ma vie et faisait le lien entre ce que je suis et ce qui fait ce que je deviens.

Le Voyage à Nantes, c’est un parcours urbain de 8,5 km, de la gare SNCF à la pointe Ouest de l’Ile de Nantes. Sur votre chemin, laissez- vous conduire d’une oeuvre signée par un grand artiste d’aujourd’hui à un élément remarquable de notre patrimoine, des « incontournables » de la destination à des trésors méconnus, d’une ruelle historique à une architecture contemporaine, d’un point de vue étonnant sur la ville à un incroyable coucher de soleil sur l’estuaire…

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Mémorial de l’abolition de l’esclavage

Je suis depuis toujours très sensible à ce sujet, à tout ce qui touche l’esclavage et la traite négrière et par extension à toutes formes de discriminations, d’inégalités entre les hommes. Cette histoire, l’esclavage et la traite négrière s’inscrit dans ma chair, dans les racines de ma famille. Dans mon sang coule l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, le fameux triangle. J’ai, du côté paternel, un arrière-arrière-grand-père qui fut esclave aux Etats-Unis, revenu homme libre en Afrique, au Libéria (fondé en 1822, pour y installer des esclaves noirs libérés). Un ancêtre qui a connu l’esclavage, ça vous rend sensible à toutes les formes d’inégalités et d’oppression. Ca vous rend profondément, incroyablement épris(e) de liberté.

Dans les années 90, je participais aux premières “marches” pour la mémoire, à Bordeaux. Nous étions une vingtaine la première année. Marcher en silence jusqu’à la Garonne, lancer une fleur dans le fleuve en hommage à tous ces hommes, femmes et enfants vendus, échangés, au même titre qu’un meuble ou qu’un objet, légalisé par le code noir. C’était il y a 20 ans… Depuis, à Bordeaux, deux salles consacrées à l’esclavage ont été créées. Une (petite) plaque a été installée sur les quais. C’est déjà ça…

Alors quelle joie et quelle émotion pour moi, vous l’imaginez, d’assister à son inauguration.

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A Nantes, 1er port négrier, capitale de la traite, la ville assume son histoire et fait face à son passé. Le geste est fort. A Nantes, c’est Jean-Marc Ayrault qui a porté ce projet. Une volonté politique, un geste architectural et artistique qui a demandé 14 ans pour aboutir. Un projet politique, artistique et urbain. Un mémorial au coeur de la ville, le premier en France, le plus grand d’Europe : un lieu où tous pourront rendre hommage, se recueillir et tout simplement ne pas oublier. Ne pas oublier que l’être humain est capable du meilleur comme du pire et surtout ne pas oublier que de nos jours, encore plus de 200 millions d’hommes et femmes sont privés de libertés.

Et comme l’a dit Christiane Taubira (elle a donné son nom à la loi française, votée le 10 mai 2001, qui reconnaît comme crimes contre l’humanité, la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté) lors de son discours (un des moments fort du week-end).

Ce mémorial est là pour nous rappeler qu’il ne faut pas oublier cette histoire d’oppression, de déshumanisation, de violence qui a transformé le monde, donné naissance à des cultures, des langues et des religions. Et que dans cette histoire se trouvent aussi les sources du racisme. Et que les luttes menées pour l’abolition de l’esclavage doivent continuer aujourd’hui contre l’esclavage moderne.
— Christiane Taubira

Implanté Quai de la Fosse, un lieu qui a vu partir des centaines d’expéditions de traite vers les côtes d’Afrique, le Mémorial est un également un projet urbain qui vise à reconquérir les berges de la Loire. Relié spatialement au Palais de Justice par la passerelle Victor Schoelcher, le Mémorial affirme l’importance du respect des droits de l’homme. La symbolique est belle !

Krzystof Wodiczko, artiste et Julian Bonder, architecte rappellent que en terme artistique, « la conception du Mémorial procède de deux gestes fondamentaux, dévoilement et immersion, qui ensemble serviront à créer une expérience à strates multiples, en profondeur, grâce à laquelle les visiteurs pourront découvrir et interpréter les diverses dimensions d’une histoire qu’ils croyaient déjà connaître. »

Ce qui est très impressionnant lorsque l’on arrive sur l’esplanade du mémorial, ce sont les 2000 petites plaques de verre incrustées dans le sol. 1710 plaques rappellent les 1710 expéditions négrières parties de Nantes, les autres plaques donnent les noms de comptoirs négriers, ports d’escales et/ou port de vente. On prend vraiment conscience de l’ampleur de ce commerce…

D’immenses plaques de verres plongent dans l’esplanade, un monumental escalier à ciel ouvert et c’est l’article 4 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme qui vous accueille. Et puis un mot vous explose à la figure. Le mot Liberté : traduit en 47 langues, celles parlées dans tous les lieux touchés par la traite et l’esclavage… En descendant, on plonge vers le coeur du Mémorial, un passage souterrain long de 90 mètres, sous les quais. D’un côté la Loire, de l’autre les plaques de verre, couvertes de textes choisis en collaboration avec le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’Esclavage. Des citations, des extraits de chansons, des textes de lois, des extraits de témoignages historiques, de romans… Le message même du Mémorial : “Des voix, partout, en tout temps, se sont élevées et s’élèvent encore contre l’esclavage”. En bruit de fond, des chants d’esclaves, le clapotis de l’eau, un habillage sonore subtil et profond.

Au bout de ce parcours méditatif, un espace historique nous offre chiffres et repères chronologiques. Un long ruban rouge déroule les dates d’abolition de la traite et de l’esclavage à travers le monde sur plus de 200 ans. Et en filigrane, des visages, pour rendre hommage à ces 11 millions de victimes sans noms et sans visage…

Dans la ville de Nantes, un parcours urbain sur le thème “Nantes et la traite négrière”, jalonné de 11 panneaux, relie sur 1,5 kilomètres le Mémorial, lieu de mémoire, au Château des ducs de Bretagne, lieu d’histoire. Ce parcours évoque la traite négrière, son fonctionnement, son développement à Nantes, ses acteurs, les retombées pour la ville, l’histoire des abolitions, mais aussi l’esclavage contemporain et le travail de mémoire engagé à Nantes depuis 25 ans.

En souvenir de ce week-end à Nantes, j’ai 200 photos souvenir et le coeur plein d’émotion. J’ai aussi en mémoire les Rencontres internationales du Mémorial, où les interventions des chercheurs, des artistes et acteurs de la mémoires furent riches et fort d’enseignement. Ou l’on prend conscience que les luttes pour la liberté sont encore d’actualité pour 200 millions de personnes dans le monde. Malheureusement.

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_pour en savoir plus_
> le voyage à Nantes : www.levoyageanantes.fr
> le mémorial de l’abolition de l’esclavage – nantes
> du 25 mars au 27 mai 2012, présence de médiateurs sur le site le samedi de 14h à 17h et le dimanche de 10h à 18h. Visites le samedi à 14h15, 15h15 et 16h15. Visites le dimanche à 10h15, 11h15, 12h15, 13h15, 14h15, 14h30, 15h15, 15h30, et 16h15, 16h30 et 17h30

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