pierre marbre connemara

Adam a 9 ans. C’est un petit garçon très doux, très intelligent, qui a hérité de ma sensibilité exacerbée. Celle de ma famille. C’est un petit garçon qui se pose beaucoup de questions, sur la vie, sur les choses, sur tout.

L’année dernière, j’avais décidé de l’emmener parler à quelqu’un… Parce que je n’avais pas les réponses à toutes ses interrogations. Pas de places, l’été est arrivé, les vacances, j’ai un peu laissé tomber…

Et puis, dernièrement, Adam n’allait pas très bien, souvent mal à la tête, fatigué, envie de pleurer… Je me suis demandé si mon fils ne faisait pas une déprime, et je sentais bien qu’il était malheureux à l’école. Pas de copains, personne avec qui jouer (disait-il). Alors, de nouveau la quête du pedo-psy. En attendant d’avoir un rendez-vous, et bien vous patientez et puis vous essayez de donner des conseils à votre enfant. N’écoute pas, laisse tomber, trouve toi d’autres copains, etc… les conseils d’adultes, qu’un enfant de 9 ans ne peut pas forcément entendre.

Et puis est arrivé le jour où il n’a pas voulu aller à l’école. Crise d’angoisse, pleurs. Impossible de laisser mon enfant aller à l’école dans cet état. Donc on appelle le boulot, on prend sa matinée, on prévient l’école, on demande un rendez-vous avec le maitre qui vous dit en passant : ah oui, votre enfant, il est un peu cyclothymique non ? Ben, je ne sais pas, je ne suis pas médecin, moi.
Et puis vous parlez avec votre enfant, vous faites des calins, et vous mettez vraiment le doigt sur la situation difficile que vit votre enfant à l’école. Situation dont vous n’aviez pas pris la mesure. Liée à l’école, à un garçon de l’école. Qui impose aux autres de ne pas jouer avec mon fils, de ne pas être copain avec lui, de ne pas lui parler…

Et là, vous comprenez que vos conseils d’adulte ne valent rien devant cette souffrance et que oui, vous comprenez l’attitude parfois agressive de votre enfant, et malgré ses défauts (oui, mon enfant a des défauts), aucun enfant n’a a subir ce genre de harcèlement dans la cour de l’école. Oui, dans une entreprise, dans un autre milieu, on appellerait ça harcèlement.
Et quand le maitre vous dit que votre enfant n’est pas le plus sympa de la cour de récréation, vous dites : il réagit comme il peut, et vous comprenez que sa souffrance se transforme en agressivité.

Les choses se sont améliorées quand j’en ai parlé à une copine, maman d’un petit de la même classe. Après en avoir parlé avec lui, son fils a réalisé quelle souffrance pouvait ressentir Adam, il a été voir les autres enfants de la classe qui se sont excusés auprès d’Adam et qui ont décidés de ne plus écouter l’autre gamin et de jouer avec lui, lui parler. Une belle maturité et leçon de solidarité.

Depuis, Adam va mieux. Il a un poids de moins sur les épaules. Et je le vois rire à nouveau en me racontant la journée à l’école. J’attends toujours d’avoir un rendez-vous avec quelqu’un avec qui il puisse parler, car il a, je crois, beaucoup de choses à dire sur la vie, sa vie, et sa sensibilité extrème le rend vulnérable à beaucoup de choses.

Ce petit gamin qui faisait un peu sa loi à l’école a continué malgré tout à l’embêter.
J’avais donné à Adam, une pierre de marbre vert ramenée du Connemara, a worry stone, pour le rassurer lorsque ça n’allait pas. Cette pierre a disparu et un matin, le gamin en question est arrivé en disant à Adam : regarde j’ai la même pierre que toi. Adam a dit : mais c’est la mienne. Le petit a répondu : non, je l’ai trouvé en bas de chez moi et tu n’es jamais venu chez moi.
J’ai dit à mon fils de lui dire de ramener la pierre, de lui dire qu’elle était à moi, qu’il avait pris quelque chose qui ne lui appartenait pas, et que chez moi, ça s’appelait du vol, et que j’allais en parler à sa mère si il ne la ramenait pas. 3 jours après, il n’avait toujours pas ramené cette pierre. Alors l’autre matin, j’ai dit stop ! J’ai appelé le petit et j’ai haussé le ton. Je l’ai menacé d’appeler sa mère, la police (oui, j’en ai rajouté) etc… tout ça avec mon fond d’accent camerounais. Bizarrement, quand je me fâche, j’ai un fond d’accent camerounais qui surgit. Il m’a dit ok mais en se retournant, il a regardé ses copains et a rigolé, alors, j’en ai remis une couche… J’ai un peu surjoué, j’avoue !

J’ai appris depuis que sa mère attendait que je l’appelle et qu’elle n’était pas contente que j’ai dit à son fils que c’était du vol, la police, etc… Elle maintient semble-t-il qu’il a trouvé la pierre en bas de chez lui. La même pierre du Connemara, la même couleur, les même veines, que celle que j’avais prêté à Adam.

J’ai aussi appris que les copains de l’école qui m’ont vu me fâcher, ont dit a Adam que sa mère était un peu folle…  Aïe !