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L’autre soir, plus de 30 ans après avoir quitté le Cameroun, j’ai retrouvé à Bordeaux, des gens de Kribi, qui mont connu bébé, enfant, ou encore avant même que je ne sois née. “Tu connais Joëlle ? c’est la fille de François Dubois”. Et bien, ça fait chaud au coeur, parce que tout simplement, on te reconnait, on te replace dans ta lignée. Tu es l’enfant de quelqu’un.

Le déracinement. Un traumatisme qui me poursuit encore maintenant. Je suis née et j’ai grandi à Kribi. Cameroun. A 10 ans, je suis arrivée en France, en pension, dans une région qui n’est pas la mienne. Le pas-de-calais. Le froid, la pluie, mais surtout, une région où je n’avais aucune attache. Le nom de mes parents, mon nom ne parlait à personne.

A 14 ans, c’est le lot & garonne. Même scénario, pas d’attaches. Je m’en suis fait. Les voisins, les copains de lycée … Et puis, à 18 ans, je suis arrivée à Bordeaux. J’ai retrouvé des amis de lycée, je me suis fait des amis, créé des attaches, une histoire. Mais depuis que j’ai quitté Kribi, ce qui m’a tout de même manqué, c’est  de ne jamais plus entendre : “tu connais Joëlle ? tu sais, c’est la fille de … “.
J’ai appris à exister par moi-même. En tant que moi-même. Mais je n’ai jamais oublié Kribi, la ville où je suis née, la ville de mon père, de ma grand-mère, la ville de mes souvenirs d’enfants.

Et puis, tu te fais un nom, un prénom, dans ton immeuble, ta rue, ton quartier, au travail. Heureusement, il y a aussi la famille, ta tribu : tes frères et soeurs, beau-frère, belle-soeur, neveux, nièces, enfants, ton compagnon, ta belle-famille, et la famille agrandie, les amis, ceux que tes enfants appellent tonton et tata, et les enfants des amis, qui t’appellent tata, grâce à qui Bordeaux devient ton port d’attache, ta ville, la ville de tes enfants. Parfois, on me demande si je suis la soeur de Madame Chocolat, de Neferken ou encore de Kellie Dubois. Et je suis heureuse de répondre, oui.