En mars, je suis partie passer le week-end à Berlin. J’avais envie de partir seule et de passer un peu de temps avec ma fille Ines. Quand on a 3 enfants, c’est parfois compliqué de pouvoir accorder beaucoup de temps à chacun. Depuis qu’ils sont nés, j’ai toujours essayé de privilégier des moments avec chacun des enfants. Et j’aime beaucoup ces moments. On tisse notre relation, qui se transforme en complicité à toute épreuve. Les enfants, eux apprécient également d’avoir leur maman pour eux tout seuls sans être dérangé par l’un ou l’autre frère ou soeur.

Quand Adam est né, nous avons mis en place un rituel qui a continué à la naissance d’Elie : mon samedi après-midi était dédié à Ines seule et Honeydoudou s’occupait des garçons. Notre rituel du samedi après-midi s’est arrêté lorsqu’elle est partie étudier au Canada. Ce week-end à Berlin était une belle occasion de nous retrouver en tête à tête et de passer 72h ensemble.

Un week-end mère fille à Berlin – vendredi  samedi

Berlin a toujours fait partie des villes en Europe que j’avais envie de découvrir. Pour l’histoire incroyable de cette ville, d’abord, et ensuite parce que je suis germanophile. J’ai fait allemand en première langue et que j’ai adoré apprendre l’allemand. J’ai passé l’été de mes 16 ans en Bavière à travailler le matin dans un hôtel et l’après-midi à garder des enfants. À la fin de cet été, j’étais presque bilingue. J’ai même tenté une première année de fac d’allemand avant de réaliser que je n’avais aucune envie de devenir prof d’allemand.
Plus de 20 ans sans pratique de la langue m’a fait perdre (presque) toutes mes connaissances. Alors avant de partir, je me suis plongée dans la série Babylon Berlin, une série policière qui se passe à Berlin en 1929. Je l’ai regardé en V.O histoire de bien me plonger dans la langue. J’ai d’ailleurs tellement accroché à cette série que j’ai vu les 16 épisodes d’une heure en une semaine, à raison de 2 épisodes par jour. Un vrai stage intensif.

Ines travaille actuellement pour la fondation Kéré et est partie vivre à Berlin cet automne. L’occasion était donc parfaite pour y aller. Je savais que je ne pourrais pas tout voir de Berlin en un week-end, alors je n’avais pas d’envies précises, sauf deux ou trois choses. Je voulais absolument manger un kebab de chez Mustapha Gemüse Kebap, prendre un brunch, aller à Templehof, voir la porte de Brandenbourg, visiter le mémorial de l’Holocauste et l’East Side Gallery.

Je suis arrivée le vendredi en fin de matinée à Berlin. Inès m’avait donné les instructions de transport pour la rejoindre à son travail. Une navette, un métro et un gentil monsieur plus tard, j’arrivais devant l’immeuble de l’agence d’architecture où elle fait son stage. En sortant du métro, je n’arrivais pas à me connecter à mon appli Plans, j’ai donc demandé à un passant si il pouvait m’indiquer mon chemin. Il m’a carrément accompagné au début de la rue où j’allais. J’ai ensuite eu la confirmation pendant tout le week-end de la gentillesse et de l’amabilité des berlinois.

Quand je suis arrivée, c’était l’heure de la pause déjeuner, nous sommes donc allées dans un des restaurants du quartier, où Ines a ses habitudes : le restaurant Umami. Un restaurant asiatique à la déco trop mignonne – j’ai adoré les lanternes de tissus au plafond, à la cuisine très savoureuse et l’ambiance jeune et hipster. Nous nous sommes régalées. Nous sommes ensuite allées prendre un café chez Barcomi un coffee shop chaleureux avec de jolis gâteaux et muffins fait maison. Je me suis faite plaisir en prenant un cheesecake avec mon café, le temps de recharger un peu ma batterie d’iphone, de voir ce que je pouvais aller visiter pendant l’après-midi dans le quartier Kreuzberg, en attendant l’heure de la débauche pour Ines.

 

agence architecture kere

Le Musée Juif de Berlin

Le Musée Juif n’était pas très loin de là, j’ai décidé d’y aller. J’avais très envie de visiter et de voir ce bâtiment incroyable de Daniel Libeskind. J’ai opté pour une visite avec audio-guide (que je vous conseille pour comprendre toutes les intentions de l’architecte). Il faut compter 2-3 heures de visite pour tout voir, je n’avais qu’une heure devant moi, j’ai donc opté pour la visite de l’exposition permanente. L’exposition raconte la vie des Juifs à Berlin depuis le Moyen-Age. Ce musée est passionnant. Le bâtiment vu du ciel ressemble à un éclair et symbolise une étoile de David brisée.

Le sous-sol est composé de trois axes qui symbolisent le destin des Juifs en Allemagne. L’axe de l’Exil mène au Jardin de l’Exil, composé de 49 piliers au sommet desquels sont plantés de oliviers, symbolisant le déracinement et l’attachement à la terre natale, mais aussi la paix et l’espoir. Le sol du Jardin de l’Exil est incliné, donnant ainsi au visiteur un sentiment d’instabilité à chaque pas et de désorientation, comme peuvent le ressentir les personnes exilées, obligées de vivre dans un nouvel environnement.
L’axe de l’Holocauste représente la mort et mène à la Tour de l’Holocauste, une tour en béton brut, plongée dans le noir avec une petite ouverture à son sommet symbolisant l’espoir. La tour est sujette aux conditions climatiques, ainsi le visiteur éprouve le froid l’hiver, et la chaleur l’été, la solitude et l’enfermement.
Enfin, l’axe de la Continuité représente la vie, la continuité de la présence juive à Berlin. Il mène aux autres niveaux du musée à travers un grand escalier symbolisant l’échelle de Jacob. Ceux-ci étaient fermés pour rénovation, je n’ai donc pas pu voir toute l’exposition, malheureusement.

J’ai adoré la force de l’architecture du Musée qui rend la visite en expérience physique, notamment dans la Tour de l’Holocauste et le Jardin de l’Exil, qui m’ont bouleversé. Je me suis remise de mes émotions en buvant un café dans la cour du Musée et sa magnifique verrière.

musée juif berlin

Jüdisches Museum Berlin
Lindenstraße 9-14
10969 Berlin
Ouvert tous les jours de 10h00 à 20h00 (sauf jours fériés)

En rentrant, j’ai pris plaisir à admirer les belles façades plutôt néo-classiques, de la partie du quartier de Kreuzberg où j’étais. J’avais lu un peu partout que Berlin n’était pas une jolie ville, personnellement, j’ai beaucoup aimé. Côté architecture, c’est très riche. On trouve de tous les styles. Berlin c’est des grandes avenues, des bâtiments massifs, de l’architecture néo-classique et aussi beaucoup d’architecture contemporaine. Presque tous les grands noms de l’architecture contemporaine ont construit à Berlin : Norman Foster, Rem Koolhaas, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Daniel Libeskind, Renzo Piano, Franck O. Gehry … .

kreuzberg berlin

Après avoir vu son bureau et rencontré ses collègues, nous sommes allées boire un verre et manger une assiette de charcuterie et fromages dans un petit bar à vin Bom aus Portugal, où Ines a pris l’habitude d’aller. Le bar est tenu par un monsieur portugais charmant et fréquenté par les gens du quartier. On a mangé des tourtes au poulet comme à Lisbonne, des plateaux de charcuterie, de fromage et bu du vinho verde. Toutes les deux, là, à parler de tout et de rien, de nous, de l’avenir, de la famille et du programme du week-end. C’était bien.

Templehof

Le samedi, il ne faisait pas très beau, le ciel était gris et il faisait froid, mais il ne pleuvait pas, alors nous avons décidé de partir à Templehof, cet ancien aéroport fermé depuis quelques années et devenu un parc public. Le lieu est immense et chargé historiquement. Lors de sa construction, l’aéroport de Templehof était le plus grand du monde,  et très avant-gardiste à l’époque. Il a servi de modèle à beaucoup d’aéroports par la suite. Il fut transformé en un camp de travail pendant la guerre et utilisé par l’armée américaine pour acheminer des vivres et du charbon pendant le blocus de Berlin. Le lieu est devenu un des lieu de vie préféré des berlinois, qui viennent y courir, pique-niquer, faire des barbecues, se promener, chiller. Quand nous y étions, c’était un peu triste avec le ciel tout gris, mais il y avait tout de même des gens qui faisaient du footing ou se promenaient.

Après Templehof, nous sommes parties vers Tiergarten,  je voulais voir le bâtiment de Jean Nouvel pour les Galeries Lafayettes sur la Französische Strasse la rue des français. Nous nous sommes arrêtées prendre un café dans la Ampelmann Shop, la boutique dédiée aux Ampelmenschen, les petits bonhommes des feux de signalisations de l’ancien Berlin-Est. Avec Ines, nous avons beaucoup marché, Berlin est une ville très étendue, et je m’amusais à regarder les feux pour savoir si nous étions dans l’ancien Berlin-Est ou Berlin-Ouest. Facile comme repère. Et puis les Ampelmenschen sont trop mignons.

La porte de Brandenbourg

Ensuite nous sommes partis voir la porte de Brandenbourg. C’est un des monument symbole de Berlin que je voulais voir. Là encore, un lieu tellement chargé d’histoire. La porte, auparavant entrée de la ville, a été intégrée au mur de Berlin en 1961 et de ce fait était un symbole de la division de la ville. Il y avait tellement de monde que c’était compliqué de prendre des photos. Nous avons cherché les traces du mur, lu les panneaux qui racontaient l’histoire de la porte et évidemment, comme tout le monde, on a pris des photos de nous devant la porte. Sur la Pariser Platz, j’ai admiré les bâtiments de Portzamparc et de Gehry, et l’hôtel Adlon (le fameux hôtel où Michael Jackson avait tenu son bébé dans le vide pour le montrer aux fans).

porte brandenbourg berlin

Le mémorial de l’Holocauste

Parmi les choses incontournables à voir à Berlin, il y a bien sur le mémorial de l’Holocauste. Enfin, son vrai nom c’est le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe. Situé entre la porte de Brandenbourg et la Potsdamer Platz, l’espace est impressionnant. 2711 stèles de béton sur 19.000 m2. Les stèles sont de la même longueur et largeur, mais pas de la même hauteur. D’après Peter Eisenman, l’architecte de ce mémorial, les stèles sont censées “produire une atmosphère de malaise et de confusion, représentant un système supposé ordonné qui a perdu le contact avec la raison humaine”.

Le mémorial est un espace ouvert. J’ai pris quelques photos, mais j’ai vite arrêté. Je suis toujours mal à l’aise pour prendre des photos dans ce genre d’endroit. Par respect pour la mémoire de ceux qui sont honorés. Autour de nous quelques jeunes français prenaient des selfies et se demandaient quels hashtags mettre sous la photo : “Si je mets #jemesouviens c’est bien non ? Qu’est ce que tu en penses ?”

memorial holocauste berlin

Avant de déambuler dans le mémorial, nous sommes allées voir l’exposition permanente dans le centre d’information situé au sous-sol, qui raconte le processus mis en place pour la persécution et de l’extermination des Juifs d’Europe. L’entrée au centre d’information est libre, et il y a régulièrement des visites commentées. Les jours et horaires sont indiqués à l’entrée du centre d’information. Lorsqu’il y a trop de monde, les entrées se font au compte-goutte pour ne pas dépasser la jauge de personnes autorisées. C’était le cas lorsque nous y étions, mais ça va relativement vite. Nous avons fait la visite avec un audio-guide, pour avoir une bonne compréhension de l’expo. A travers plusieurs salles, l’exposition retrace de façon historique et factuelle la montée du nazisme, la création des ghettos et la mise en place du plan d’extermination des Juifs. Une autre salle raconte le destin de familles déportées, avec des photos, des témoignages écrits, des lettres d’adieu. L’exposition recense aussi les différents sites de persécution et d’extermination. Dans la dernière salle, une voix prononce le nom de toutes les victimes de l’Holocauste et raconte en quelques phrases, leur vies. C’est poignant.

Je suis très sensible à tout ce qui concerne les génocides, notamment la traite des esclaves et l’holocauste. A chaque fois qu’il y a un film, un documentaire sur le sujet, je les regarde. Je fais tout pour ne pas oublier, pour que mes enfants apprennent et n’oublient pas non plus, car l’homme est capable du pire et si on n’oublie pas, peut-être pourra-t-on éviter que cela arrive à nouveau. Et on sait bien que l’histoire peut encore se répéter, comme au Rwanda, il n’y a pas si longtemps.

Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe
Cora-Berliner-Straße 1

10117 Berlin
Le centre d’information est ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10h00 à 20h00

Après le mémorial, nous voulions aller à Postdamer Platz, mais il s’est vraiment mis à pleuvoir. Assez pour être rapidement trempées. Nous avons décidé de nous mettre à l’abri au KaDeWe, le grand magasin de Berlin. KaDeWe est la contraction de Kaufhaus des Westens grand magasin de l’Ouest. Depuis que j’ai lu Au Bonheur des Dames de Zola, ado, j’adore les grands magasins du début du 20ème siècle, comme Selfridges, Harrods à Londres, Rinascente à Milan, et évidemment les Galeries Lafayette à Paris. 7 étages, dont deux dédié au Food, autant vous dire que nous y avons passé tout le reste de l’après-midi. Les grands-magasins, c’est aussi une bonne façon de découvrir un pays, franchement. Nous avons mangé dans le corner qui nous semblait le plus typiquement allemand. Devinez ce qu’on a trouvé ? Un bar à saucisse.

En sortant du KaDeWe, il faisait presque nuit. Nous voulions aller vers Orianenburger Strasse, car j’avais repéré un petit restaurant qui avait l’air très bien, et j’ai proposé à Ines de prendre le bus qui arrivait, j’avais cru lire sur le plan qu’il y allait. Il se trouve que le bus allait à Orianenstrasse (carrément à l’opposé de là où nous voulions aller). Quand nous nous sommes aperçues de l’erreur (à deux voyelles près), nous avions trop la flemme de refaire tout le trajet, et avons décidé de diner là où nous étions, dans le quartier de Kreuzberg, super vivant et animé le soir. Il y avait plein de restaurants qui avaient tous l’air plus sympa les uns que les autres, et nous avons décidé de diner dans un restaurant iranien : Safran. Les plats proposés étaient plutôt simples, mais c’était très bon et les serveurs étaient adorables.

Après ces deux premiers premières journées, j’étais conquise par Berlin. J’ai découvert une ville super agréable, riche d’un point de vue architectural. Par dessus-tout j’ai trouvé que Berlin avait su accepter son lourd passé et en avait tiré une richesse culturelle. L’histoire à Berlin est omniprésente et évidemment, on ne peut pas visiter Berlin sans y penser. Côté atmosphère, Berlin m’a beaucoup fait penser à Montreal avec cet esprit multiculturel, tolérant et bienveillant.

Le lendemain, lors de ma dernière journée (à suivre dans le prochain article), il y avait du soleil, et croyez-moi, ça change tout. J’ai encore plus aimé Berlin sous le soleil.

cinema pres templehof

Infos pratiques / utiles
Se rendre à Berlin :
– En train direct au départ de Paris (il faut compter un peu plus de 8h de train).
– En avion depuis Bordeaux, Marseille, Toulouse, Lyon et Paris.
Se déplacer dans Berlin :
La ville est très bien desservie en transports en commun. Entre le bus, le tram, le métro et le train, on peut aller très facilement partout. Prévoir de bonnes chaussures, la ville est très vaste et on marche énormément.
La monnaie : l’euro.
Assurez-vous d’avoir toujours un peu de liquide sur vous, le paiement par carte bleue n’est pas aussi fréquent qu’en France.
Coût de la vie (exemples) :
Un café  –> 1,80 euros.
Une pinte  –> 3,50 euros
Une curry wurst –> 3 euros
Un ticket de transports pour toute une journée (métro/tram/bus) –> 7 euros
La vie est relativement moins chère qu’en France (en comparant avec les grandes villes). On peut très facilement manger pour moins de 10 euros, tout particulier dans les restaurants asiatiques.
Les repas :
Le petit-déjeuner frühstuck en Allemagne, est généralement plutôt salé : du pain noir, de la charcuterie et du fromage. La würst est reine, on en trouve partout et de toutes les sortes. Un des plats typique de Berlin est la Curry Würst, une saucisse recouverte de ketchup et de curry en poudre, servie avec des frites. Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Idéal à manger dans la rue et/ou lorsqu’on sort de boite 😜
Les soirées berlinoises : Elles sont assez folles. A Berlin, on aime faire la fête ! En général, à l’entrée de la boite on vous met un scotch pour masquer la caméra de votre smartphone. Pour mieux s’amuser et aussi respecter la vie privée des autres.
A quelle saison partir à Berlin ?
Printemps, été et automne. Berlin est vraiment plus agréable quand il ne pleut pas et qu’il ne fait pas trop froid.
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