Yeux sensibles : comment bien les protéger ?

Fatigués, rouges, larmoyants, picotants, les yeux sont la cible de multiples agressions extérieures… Mise au point sur les facteurs de risques et leurs conséquences.

Jeune Femme Au Travail Fatigué Avec Des Probleme A L Oeil

Il est admis que les yeux clairs sont plus sensibles aux agressions extérieures que les yeux foncés. Mais ce qui se révèle exact pour la sensibilité à la lumière notamment, ne l'est pas forcément pour les autres facteurs de risques. Car ce serait oublier que les maladies, l'âge, les traumatismes ou les ultraviolets se moquent de la couleur des yeux. Ce serait aussi ne pas comprendre que des expositions répétées à un facteur de risque peuvent avoir des effets à long terme. L'absence de lésion oculaire immédiate ne garantit pas, en effet, l'immunité à vie... Sachez vous protéger avec discernement.

1. Avant l'âge d'un an, 90 % des UV touchent la rétine

Si les adultes pensent à protéger leurs yeux avec de bons verres, ils oublient parfois que leurs enfants ont besoin de la même protection. Leurs yeux sont plus perméables à la lumière : Leur pupille est plus large, l'iris moins pigmenté et le cristallin laisse passer les UV plus largement. Avant un an, 90 % des UV atteignent la rétine. À 13 ans, ce sont 60 % des UV qui lui parviennent encore.

Même si l'on sait que les cellules des enfants se régénèrent plus facilement, on ne connaît pas, en revanche, les effets à long terme d'une exposition répétée. Aussi, mieux vaut laisser tomber les lunettes roses en forme de cœur non traitées anti-UV pour acheter celles (tout aussi bigarrées) avec des verres de qualité ("Bicoeur", Horizane).

Avec les normes européennes obligatoires (5 seuils de filtration pour les verres, de 0 à 4, en fonction de l'ensoleillement), on trouve de bonnes lunettes un peu partout et à des prix raisonnables. Ces normes s'appliquent aussi pour les verres et lentilles de contact.

2. Faut-il se protéger des lampes à bronzer ?

Il existe un risque important de phototraumatisme au niveau de la cornée et de la rétine. Dans les centres de bronzage, il ne suffit pas de fermer les yeux pour être protégé (la peau des paupières est trop fine). Il faut porter des lunettes opaques, en plastique épais et "à usage unique", pour des raisons évidentes d'hygiène.

La réglementation régissant les professionnels du bronzage artificiel est en ce sens très stricte : Tous les centres doivent respecter les mesures de sécurité prévues par la loi et afficher les obligations d'usage. Ainsi vous n'êtes plus censé les ignorer. Et si elles n'y figurent pas, mieux vaut changer de centre.

3. Les rayons indirects à l'amende

« Nous vivons dans une société de loisirs, les vacances augmentent, on fait de la "bronzette", du jardinage, etc. Bref, les gens sont plus souvent dehors. L'écran total pour sa peau, c'est déjà bien, mais il faut aussi penser à protéger ses yeux et porter des lunettes de soleil. »

On sait qu'elles filtrent les rayons directs, mais comment faire écran aux rayons obliques ou réfléchis dont on s'inquiète de plus en plus ? Plusieurs études ont mis en évidence que l'exposition chronique à des courtes longueurs d'ondes de la lumière visible et aux ultraviolets était un facteur de survenue de la cataracte, en augmentation de 7 % par an...

La meilleure protection est donc d'agir en prévention et d'adopter des lunettes enveloppantes, qui couvrent bien tout le contour des yeux. A fortiori lorsque l'on se trouve dans des zones très exposées aux ultraviolets (montagne, mer, lacs, rivières, tropiques, etc.).

4. Des verres foncés pour me protéger ?

Attention à ne pas confondre lumière visible et ultraviolets. La lumière visible éblouit et signale, de cette façon, qu'on est en "surexposition". À contrario, les UV ne sont pas perceptibles à l'œil nu, mais ce sont eux qui agressent notre rétine.

Le problème des lunettes de mauvaise qualité, c'est qu'il y a perte du signal d'alarme "anti-UV" : Elles protègent de l'éblouissement, certes, mais ne filtrent pas forcément les UV. Aussi ne vous fiez pas à la couleur des verres de lunettes... Des verres blancs peuvent filtrer 100 % des UV, alors que des verres teintés peuvent ne pas les filtrer du tout ! Exigez des garanties de qualité et demandez conseil à un opticien.

5. Que faire contre une sécheresse oculaire ?

Soit il existe un syndrome sec primitif (votre œil est "né" comme ça). Soit elle apparaît en vieillissant, la glande lacrymale devenant moins efficace à partir de 40-50 ans. Elle est aussi plus fréquente chez les femmes ménopausées. Plus marginale, elle peut être associée à la prise de médicaments (diurétiques, bêtabloquants, antihistaminiques, somnifères, analgésiques, médicaments pour les nerfs).

Il faut savoir que la sécheresse oculaire n'est pas l'unique dimension à retenir. On peut très bien avoir peu de larmes et cependant ne pas être gêné. Car il faut tenir compte de la "qualité" des larmes : Si elle est bonne, on sera moins incommodé !

Pour ceux qui le sont, en revanche, les larmes artificielles constituent le seul remède possible et lorsque la sécheresse est naturelle, on les administre à vie : en unidoses, en solution un peu plus visqueuse ou en gel pour protéger la surface de l'œil.

Pour les petits syndromes secs oculaires, on peut conseiller aux gens de bien s'hydrater, en buvant de l'eau ; à ceux qui vivent dans des atmosphères surchauffées, de mettre des saturateurs, notamment la nuit, ou d'aérer la pièce la journée, de cligner un peu plus souvent des yeux, afin de mieux répartir les larmes à la surface de l'œil. La climatisation, aussi, est un facteur d'aggravation, que l'on peut contrer avec des humidificateurs.

6. Existe-t-il un risque lié au port de lentilles ?

Femme Met Des Lentilles De Contact
© iStock

Oui. Il est infectieux si on ne nettoie pas bien ses lentilles. Elles sont comme un "corps étranger" dans les yeux et n'échappent pas à un entretien régulier (nettoyage et délai de renouvellement). Si on le néglige, on s'expose à des lésions oculaires, pouvant aller de la conjonctivite à des infections, voire des abcès de la cornée !

Attention :
Il ne s'agit pas de dire que les lentilles sont dangereuses. Bien au contraire. Les produits ont fait beaucoup de progrès et les lentilles sont aujourd'hui beaucoup plus faciles d'entretien. On n'a plus l'excuse de dire que les nettoyer prend du temps : C'est moins long qu'un brossage de dents !

7. Le rôle de certains médicaments ?

Les antipaludéens, par exemple, peuvent avoir une toxicité au niveau de la rétine, provoquée par l'effet chimique du médicament. Qui va présenter ce risque de toxicité rétinienne ? On ne peut pas le déterminer à l'avance. Mais il semble quand même qu'il survienne pour des prises d'antipaludéens "à dose dépendante", c'est-à-dire sur une longue période. On va donc être beaucoup plus vigilant avec les yeux des gens qui travaillent à l'étranger et dans les zones "paludiques".

8. Les réactions au diabète

L'œil est une cible privilégiée. Le diabète peut y développer une cataracte, voire un glaucome et, dans certains cas, des maladies évolutives de la rétine, pouvant conduire à la cécité. Mais depuis quelques années, les atteintes de l'œil sont moins fréquentes, car les diabètes sont mieux équilibrés et surtout mieux surveillés sur le plan ophtalmologique.

9. L'eau de la piscine ?

Sur les yeux sensibles, le chlore peut produire des lésions d'irritations, d'inflammations. Mais elles disparaissent habituellement en quelques heures, voire le lendemain. Après le bain, les plus sensibles peuvent rincer leurs yeux à l'eau ou avec du sérum physiologique.

Pourquoi le chlore irrite-t-il l'œil ? Chimiquement, il ne correspond pas au milieu des larmes de l'œil. La conjonctive reconnaît le chlore comme une substance étrangère et elle réagit de façon inflammatoire : Les vaisseaux des yeux deviennent plus nombreux, plus gros, rouges. La face profonde des paupières devient plus irrégulière, gonflée, et on a une sensation de sable dans les yeux.

L'eau de la piscine peut aussi entraîner des conjonctivites ou des kératites infectieuses, à cause, notamment, de certains microbes présents dans l'eau. On a même constaté des atteintes amibiennes de la surface de l'œil !

Quand on se sait fragile, le mieux est de mettre des lunettes de piscine.

10. Des cataractes "de chocs" !

Souvent considérée comme une maladie du troisième âge, la cataracte concerne également les personnes ou les enfants directement exposés à certains risques : hérédité, maladies, blessures, coups violents, etc.

Chez l'enfant, la cataracte peut débuter à la naissance : Elle est congénitale ou due à une maladie de la femme enceinte (rubéole). Un peu plus tard, c'est un coup de ciseaux ou un coup de poing dans l'œil qui peuvent aboutir à une cataracte dite traumatique. La mère détecte l'anomalie chez son enfant, en constatant qu'il a deux pupilles de couleur différente. Le médecin pose ensuite le diagnostic définitif.

La maturation de la vision chez l'enfant se fait entre 0 et 5 ans. Si on n'intervient pas rapidement, il va avoir une vision "bloquée". Et même avec les meilleures lunettes du monde, il ne verra jamais clair. Pour que l'enfant parvienne à une parfaite maturation visuelle, il est nécessaire de remplacer le cristallin déficient. Cela consiste à l'équiper de lunettes, de lentilles ou, parfois, d'un cristallin artificiel.

Quels sont les avantages des uns par rapport aux autres ? Le cristallin étant une optique très puissante, si on le remplace par des lunettes, les verres seront très épais. Ce qui peut être pénalisant pour le champ visuel et l'esthétique. On peut équiper l'enfant de lentilles après une adaptation soigneuse. Quant à la pose d'un cristallin artificiel, elle dépend de la décision de chaque médecin.

11. Les virus sont-ils responsables de conjonctivites ?

Oui. La conjonctivite virale survient généralement dans un contexte épidémique : dans un bureau, après avoir serré la main de quelqu'un, s'être essuyé les mains sur une serviette de toilette, etc. Et par autocontamination : Quand on a soi-même un rhume ou une grippe, le virus contracté peut également infecter les yeux.

La conjonctivite virale se caractérise par des yeux un peu collés le matin, une forte inflammation et des yeux très rouges. Elle se traite simplement, avec des collyres antibiotiques ou des antiviraux adaptés.

12. Yeux fatigués = déficience oculaire ?

Pas seulement. Les yeux fatiguent parce qu'il y a d'abord un effort d'accommodation à une situation particulière : lire dans la pénombre, par exemple, impose à l'œil de compenser le manque de lumière en faisant une mise au point plus fine... Cette application finit par fatiguer et on lit moins longtemps.

Un autre élément, plus intéressant à mon avis, qui participe de la fatigue visuelle, c'est le défaut de convergence oculaire.  Les personnes qui ont les yeux qui "tirent" à la fin d'une journée de travail, et chez lesquelles on trouve pourtant une acuité visuelle normale, ou qui ont des maux de tête, qui donnent l'impression d'avoir une sinusite, sont les expressions caractéristiques d'un défaut de convergence.

Et le bilan orthoptique démontre que les gens n'ont pas les capacités musculaires de fixation pour bosser toute la journée et bouquiner le soir ! Ils bâillent dès 5 heures de l'après-midi, frottent leurs yeux, ont des picotements, des larmoiements, les paupières lourdes, la sensation d'avoir mal aux yeux et au fond des yeux. »

Si les troubles persist, il faut consulter un ophtalmologiste : Il vous orientera éventuellement vers un orthoptiste qui "rééduquera" une vision défaillante.

13. Les écrans rayonnent-ils sur nos yeux ?

Jeune Femme Devant Un Ecran D Ordinateur Avec Des Lunettes
© iStock

À force de travailler sur écran, certaines personnes ont des picotements oculaires, une vision instable ou des maux de tête. Ces symptômes peuvent concerner tous les moments qui demandent une attention particulière.

Lorsque ces personnes viennent consulter, on met à jour des défauts optiques jusqu'alors méconnus. On diagnostique une petite hypermétropie, un petit astigmatisme (symptômes de fatigue visuelle) que les lunettes "de repos" vont corriger. Ces défauts sont présents soit parce qu'ils sont héréditaires, soit parce que, à la longue, l'effort prolongé de fixation fait remonter à la surface des défauts optiques latents.

Le rayonnement émis par un écran d'ordinateur ou un poste de télévision ne provoque pas forcément de fatigue visuelle. C'est plus l'effort d'attention qui la génère. Et celui-ci est proportionnel à la distance que vous mettez entre l'écran et vous. La bonne distance, c'est la diagonale de l'écran multipliée par 6. Si vous avez un poste de 60 cm, vous devez vous placer à 3,60 mètres de l'écran.

De même, lorsque l'on est assis face à son ordinateur, on doit pouvoir tendre son bras. Si ce n'est pas possible, on peut poser son clavier sur ses genoux... Mais là, ça devient tout de suite moins ergonomique ! Il faudrait pouvoir disposer de tables à deux niveaux, avec tirette pour le clavier, par exemple.

Il faut également, comme le souligne l'Association nationale pour l'amélioration de la vue (ASNAV), un bon éclairage et un bon emplacement du poste de travail, l'absence de reflets et une bonne posture du travailleur sur écran.

Aucun commentaire à «Yeux sensibles : comment bien les protéger ?»

Laisser un commentaire

* Champs requis